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lundi 9 janvier 2017

Изгнание как условие, открывающее дорогу к воспоминанию

Жоашен дю Белле
Дю Белле вспоминает свою родину (Анжу, Луару, "хижину отцов") в "Сожалениях" (1558):

Счастлив, кто, как Улисс, путеводим судьбою,
Иль тот, кто за руном скитался золотым,
Проводит, воротясь к любимым и родным,
Век ровный, умудрен, спокоен чередою. 

Когда увижу я – бог весть! какой порою –
В селенье милом вновь трубы знакомый дым,
Увижу тесный сад пред домиком моим, –
Владенье кровное, где душу успокою.

Милей бы хижина отцов моих была
Мне римских всех палат с их гордостью чела;
И крепких мраморов – на кровле шифер скромный; 

И Тибра – галльская Луара мне милей;
И палатинских круч – мой маленький Лирей;
И влажности морской – анжуйский воздух томный.
(Перевод Юрия Верховского)

Но только он не радуется воспоминанию, как Набоков и его герои.

"Никто не поймет, почему Мартын в "Подвиге" уйдет в Россию. А все рациональные объяснения, предложенные Дарвином, а вслед за ним и читателем, будут героем отвергнуты: "Ты все не то говоришь" (II, 292). 
Мартын в великолепную швейцарскую осень, так похожую на осень в России, вдруг остро почувствовал, что он - изгнанник, и само слово "изгнанник" стало для него "сладчайшим звуком" (II, 198). Сладчайшим, потому что позволяло изведать "блаженство духовного одиночества" (II, 198), о котором Набоков пишет на протяжении всего творчества и которое самому ему сопутствовало всю жизнь. Воспоминание - акт индивидуальный, он совершается в одиночестве, он не может быть разделен ни с кем. Изгнание, таким образом, оказывается условием, открывающим дорогу к воспоминанию, - с этим и связана метафизика изгнания, лишь очень опосредованно соотносящаяся с ностальгической темой." (Борис Аверин, "Гений тотального воспоминания. О прозе Набокова")

mercredi 4 janvier 2017

Du Bellay, Corneille, Musset - une fierté de leur métier poétique, de leur poésie indépendante des influences étrangères

Dans Les Regrets (1558), Du Bellay parle d'une poésie modeste, mais indépendante des influences de la culture Greco-Romaine classique :

Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts arguments ne recherche à mes vers :
Mais suivant de ce lieu les accidents divers,
Soit de bien, soit de mal, j'écris à l'aventure. (Les Regrets, I)

Je ne veux feuilleter les exemplaires Grecs,Je ne veux retracer les beaux traits d’un Horace,Et moins veux-je imiter d’un Petrarque la grace,Ou la voix d’un Ronsard pour chanter mes regrets. [...]
Je me contenteray de simplement escrireCe que la passion seulement me fait dire,Sans recercher ailleurs plus graves argumens.
Aussi n’ay-je entrepris d’imiter en ce livreCeux qui par leurs escrits se vantent de revivre,Et se tirer tout vifs dehors des monuments. (Les Regrets, IV)

Corneille, dans « Excuse à Ariste » (1637), prend une position presque orgueilleuse, qui servira comme une de raisons pour la querelle du Cid :

Nous nous aimons un peu, c'est notre faible à tous ;
Le prix que nous valons, qui le sait mieux que nous ? [...]
La fausse humilité ne met plus en crédit.
Je sais ce que je vaux, et crois ce qu'on m'en dit. [...]
Je satisfais ensemble et peuple et courtisans,
Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans :
Par leur seule beauté ma plume est estimée :
Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée [...]

Finalement, dans la dédicace pour La Coupe et les Lèvres (1832), Musset repousse la notion de l'influence de la poésie étrangère dans son œuvre :

On m’a dit l’an passé que j’imitais Byron :
Vous qui me connaissez, vous savez bien que non.
Je hais comme la mort l’état de plagiaire ;
Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre.
C’est bien peu, je le sais, que d’être homme de bien,
Mais toujours est-il vrai que je n’exhume rien.

Tous les trois expriment une fierté de leur métier poétique, de leur poésie indépendante de toute influence étrangère.

samedi 3 décembre 2016

Пушкин об Овидии - свобода быть изгнанным?


Пушкин "Цыганы"
Старик
Ты любишь нас, хоть и рожден 
Среди богатого народа. 
Но не всегда мила свобода 
Тому, кто к неге приучен. 
Меж нами есть одно преданье: 
Царем когда-то сослан был 
Полудня житель к нам в изгнанье. 
(Я прежде знал, но позабыл 
Его мудреное прозванье.) 
Он был уже летами стар, 
Но млад и жив душой незлобной — 
Имел он песен дивный дар 
И голос, шуму вод подобный — 
И полюбили все его, 
И жил он на брегах Дуная, 
Не обижая никого, 
Людей рассказами пленяя; 
Не разумел он ничего, 
И слаб и робок был, как дети; 
Чужие люди за него 
Зверей и рыб ловили в сети; 
Как мерзла быстрая река 
И зимни вихри бушевали, 
Пушистой кожей покрывали 
Они святаго старика; 
Но он к заботам жизни бедной 
Привыкнуть никогда не мог; 
Скитался он иссохший, бледный, 
Он говорил, что гневный бог 
Его карал за преступленье... 
Он ждал: придет ли избавленье. 
И всё несчастный тосковал, 
Бродя по берегам Дуная, 
Да горьки слезы проливал, 
Свой дальный град воспоминая,
"Но не всегда мила свобода // Тому, кто к неге приучен." - т.е., свобода быть изгнанным?

mercredi 17 février 2016

Lamartine

Alphonse de Lamartine. Peinture (1839) d'Henri de Caisne. (Musée municipal des Ursulines, Mâcon.)
En lisant en peu de Lamartine...

Sur l'exil : pour Lamartine c'est notre monde, où l'âme est exilée...
L’isolement 
[...] Sur la terre d’exil pourquoi restè-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi. [...] 
Dieu (Méditations poétiques, 1820) 
[...] Ce langage borné s'apprend parmi les hommes,
Il suffit aux besoins de l'exil où nous sommes, [...]

Sur la solitude : un artiste a besoin de celle-ci pour créer... (v. aussi la Nuit de décembre par Musset)
Solitude 
Heureux qui, s'écartant des sentiers d'ici-bas,
À l'ombre du désert allant cacher ses pas,
D'un monde dédaigné secouant la poussière,
Efface, encor vivant, ses traces sur la terre,
Et, dans la solitude enfin enseveli,
Se nourrit d'espérance et s'abreuve d'oubli ! [...] 
La nature est, surtout pour moi, un temple dont le sanctuaire a besoin de silence et de solitude. L'homme offusque l'homme ; il se place entre notre œil et Dieu. Je comprends les solitaires. Ce sont des âmes qui ont l'oreille plus fine que les autres, qui entendent Dieu à travers ses œuvres, et qui ne veulent pas être interrompues dans leur entretien. 
Aussi voyez ! tous les poètes se font une solitude dans leur âme, pour écouter Dieu. 
L’isolement 
[...] De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »  
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.  
Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours. [...] 
Enfin, la découverte la plus étonnante pour moi : Lamartine sur Saussure ! Lamartine parle de deux langages : l'un entendu, l'autre - « Est le langage inné de toute intelligence ». (V. aussi : Efim Etkind, Божественный глагол. Пушкин, прочитанный в России и во Франции.)
Dieu (Méditations poétiques, 1820)  
 [...]Dieu fit pour les esprits deux langages divers
En sons articulés l'un vole dans les airs
Ce langage borné s'apprend parmi les hommes, 
Il suffit aux besoins de l'exil où nous sommes, 
Et, suivant des mortels les destins inconstants 
Change avec les climats ou passe avec les temps. 
L'autre, éternel, sublime, universel, immense, 
Est le langage inné de toute intelligence : 
Ce n'est point un son mort dans les airs répandu, 
C'est un verbe vivant dans le coeur entendu ; 
On l'entend, on l'explique, on le parle avec l'âme ; 
Ce langage senti touche, illumine, enflamme; 
De ce que l'âme éprouve interprètes brûlants,
Il n'a que des soupirs, des ardeurs, des élans ; 
C'est la langue du ciel que parle la prière, 
Et que le tendre amour comprend seul sur la terre. 
Aux pures régions où j'aime à m'envoler,
 L'enthousiasme aussi vient me la révéler. [...]
A un Anglais (cité par Etkind)
S'il était une langue harmonieuse et pure
Qui peignit par des sons comme fait la nature
Et dont l'accent rapide et compris en tout lieux
Se fit entendre au coeur comme un regard aux yeux...

vendredi 6 novembre 2015

Alfred de Musset, « La nuit de décembre » (1835)

Eugène Lami, La Nuit de décembre
Ce couplet de « La nuit de décembre », cité par Otto Rank dans « Le double», est parmi des plus belles lignes de la poésie que je connais.
Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Ce double de « dormir » et « mourir » me rappelle deux autres poèmes que je aussi vraiment aime, l'un par Robert Frost, l'autre par Robert W. Service. Dans le fameux vers de Frost, le narrateur voudrait s'endormir dans le forêt enneigé et presque enchanté, mais :
[...] I have promises to keep,
And miles to go before I sleep,
And miles to go before I sleep.
« The Quitter » par Robert W. Service ressemble beaucoup « If » par Kipling, c'est un poème du courage et du ressource(?).
Just have one more try — it’s dead easy to die,
It’s the keeping-on-living that’s hard.
Le double dans « La nuit de décembre » aide le poète ne pas s'endormir, ne pas mourir, comme le dit le poète :
En te voyant, j'aime la Providence.
Et aussi le double :
Le ciel m'a confié ton coeur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude. 
Mais, comme toujours dans les histoires de doubles, il a de prix. Le poème se finit avec une assertion douloureuse :
Ami, je suis la Solitude.

lundi 13 juillet 2015

Nicolas Boileau (1636 - 1711), Épitre VII (1677)


« Boileau a rendu d'immenses services à notre littérature en dégoûtant son siècle des mauvais auteurs, en lui apprenant à aimer Corneille, Racine, Molière, et en donnant lui-même de beaux modèles d'une poésie pure et parfaite. » [Histoire littéraire, imp. de L. Odieuvre, 1897]
Épitre VII (1677) 
À RACINE 
Que tu sais bien, Racine, à l’aide d’un acteur,
Emouvoir, étonner, ravir un spectateur !
Jamais Iphigénie, en Aulide immolée,
N’a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée,
Que dans l’heureux spectacle à nos yeux étalé
En a fait, sous son nom, verser la Champmeslé.
[...]
Avant qu’un peu de terre, obtenu par prière,
Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière,
Mille de ces beaux traits, aujourd’hui si vantés,
Furent des sots esprits à nos yeux rebutés.
[...]
Mais, sitôt que d’un trait de ses fatales mains,
La Parque l’eut rayé du nombre des humains,
On reconnut le prix de sa Muse éclipsée.
L’aimable Comédie, avec lui terrassée,
En vain d’un coup si rude espéra revenir,
Et sur ses brodequins ne put plus se tenir.
[...]

dimanche 12 juillet 2015

Racine (1639 - 1699), Phèdre (1677)

Un des livres préférés de ma bibliothèque est une Anthologie de la poésie française, que mon père m'a apporté de Paris il y a plusieurs années. Cette anthologie est parue en 1941, en pleine deuxième guerre mondiale. Le préfacier du livre, romancier et critique littéraire Marcel Arland, est un peu apologétique du fait que ce livre paraît pendant la guerre : « c'était Ronsard et Vigny, Aubigné et La Fontaine, qui se trouvaient menacés. [...] Voici ceux pour qui nous combattons et qui combattent avec nous. C'est le meilleur de notre pays et de nous-mêmes. »
En parlant de Racine, Arland dit : « Le Racine de la Pléiade fut le premier livre que j'emportai pour la guerre. [...] C'était le meilleur de ce qu'il fallait sauver. C'était le meilleur de la France. »
Alors, le meilleur du meilleur de la France. J'aime bien cette formulation et ce livre.
Phèdre, ACTE premier, Scène première[...]
THÉRAMÈNE
Eh ! depuis quand, seigneur, craignez-vous la présence
De ces paisibles lieux si chers à votre enfance,
Et dont je vous ai vu préférer le séjour
Au tumulte pompeux d’Athène et de la cour ?
Quel péril, ou plutôt quel chagrin vous en chasse ? 
HIPPOLYTE
Cet heureux temps n’est plus.
Tout a changé de face,
Depuis que sur ces bords les dieux ont envoyé
La fille de Minos et de Pasiphaé. 
THÉRAMÈNE
J’entends : de vos douleurs la cause m’est connue.
Phèdre ici vous chagrine, et blesse votre vue.
Dangereuse marâtre, à peine elle vous vit,
Que votre exil d’abord signala son crédit.
Mais sa haine, sur vous autrefois attachée,
Ou s’est évanouie, ou s’est bien relâchée.
Et d’ailleurs quels périls vous peut faire courir
Une femme mourante, et qui cherche à mourir ?
Phèdre, atteinte d’un mal qu’elle s’obstine à taire,
Lasse enfin d’elle-même et du jour qui l’éclaire,
Peut-elle contre vous former quelques desseins ? 
HIPPOLYTE
Sa vaine inimitié n’est pas ce que je crains. [...] 

samedi 4 juillet 2015

Molière (1622-73), Quatrains (1665)


Peut-on ne pas aimer Molière ? Je pouvais, et « in absentia », sans même connaître ses oeuvres ! Mais après ce que j'ai lu plusieurs pièces, et spécialement après ce que j'ai vu le magnifique film « Molière », j'ai changé mon avis... Et apparemment, sa poésie est aussi superbe.
Quatrains 
Brisez les tristes fers du honteux esclavage
Où vous tient du péché le commerce odieux,
Et venez recevoir le glorieux servage
Que vous tendent les mains de la Reine des Cieux. 
L’un sur vous à vos sens donne pleine victoire,
L’autre sur vos désirs vous fait régner en rois ;
L’un vous tire aux Enfers et l’autre dans la gloire.
Hélas ! peut-on, Mortels, balancer sur ce Choix ?

dimanche 28 juin 2015

Jean de la Fontaine (1621-1695), Épitaphe d'un paresseux (1671)


Épitaphe d'un paresseux 
Jean s'en alla comme il était venu,
Mangea le fonds avec le revenu,
Tint les trésors chose peu nécessaire.
Quant à son temps, bien le sut dispenser :
Deux parts en fit, dont il soulait passer
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.
Cette épitaphe me semble presque anglais, en particulier parce que c'est une ironie sur soi-même... et j'aime beaucoup le fait que La Fontaine se range dans le parti des Anciens dans la querelle des Anciens et des Modernes !

vendredi 26 juin 2015

Pierre Corneille (1606 – 1684), Excuse à Ariste (1633 ou 1636)


Jean de Saint-Igny, Représentation théâtrale au Palais Royal avec Louis XIII, Anne d'Autriche et Richelieu. (1637)
En grandissant, je n'appréciais pas assez Corneille, en préférant Racine. J'ai vraiment découvert Corneille pendant les études universitaires, quand on a appris sur la querelle du Cid. On ne peut pas que sympathiser Corneille qui est véritablement attaqué par tout le monde à cause de ce poème merveilleux. Et on apprécie mieux les vers d'Excuse à Ariste, écrits juste avant ce que la querelle éclate.

La fausse humilité ne met plus en crédit.
Je sais ce que je vaux, et crois ce qu’on m’en dit.
[...]
Mon travail sans appui monte sur le théâtre ;
Chacun en liberté l’y blâme ou l’idolâtre :
Là, sans que mes amis prêchent leurs sentiments.
J’arrache quelquefois leurs applaudissements ;
La, content du succès que le mérite donne,
Par d’illustres avis je n’éblouis personne ;
Je satisfais ensemble et peuple et courtisans,
Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans :
Par leur seule beauté ma plume est estimée ;
Je ne dois qu’à moi seul toute ma renommée ;
Et pense toutefois n’avoir point de rival
A qui je fasse tort en le traitant d’égal.
[...]

jeudi 19 février 2015

Technicien qui cite Apollinaire

«  Calligramme  » par Guillaume Apollinaire
Un technicien est arrivé pour réparer notre plancher chauffant. Quand il a appris que j'étudie la littérature française, il m'a cite Apollinaire par coeur (en russe) :
« Hôtel » 
Ma chambre a la forme d’une cage
Le soleil passe son bras par la fenêtre
Mais moi qui veux fumer pour faire des mirages
J’allume au feu du jour ma cigarette
Je ne veux pas travailler je veux fumer
Je lui ai demandé combien de temps il travaille dans l'entreprise de plancher chauffant. « Il y a un an, dès ma faillite. ». Et, en voyant ma mine triste et surprise, il a ajouté : « Même en Israël, on ne voit pas très souvent des techniciens qui citent Apollinaire par coeur, n'est pas ? »

(L'image : http://www.mcah.columbia.edu/dbcourses/krauss/large/jss_031302_apollinaire_01.jpg. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Guillaume_Apollinaire_Calligramme.JPG#mediaviewer/File:Guillaume_Apollinaire_Calligramme.JPG)