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mardi 16 février 2016

Témoin et victime

Louis Sébastien Mercier, Le nouveau Paris (1798)
Témoin et victime de ces scènes insensées et violentes, je le répète, qui n'y a pas assisté, ne peut connaître l'histoire de ces jours déplorables, encore moins en rendre compte à la postérité ; qui n'y a pas assisté, ne peut dire jusqu'à quel point une populace, mue par des scélérats, déploie une physionomie tout à la fois extravagante et barbare. Musique du Tartare ! Opéra des enfers ! cris des démons ! exultation des êtres foudroyés par la Divinité et devenus ennemis de l'homme ! accents du crime et de la noire méchanceté ! oui, je vous ai entendus sur la terre.

Louis Sébastien Mercier, Le nouveau Paris (1798)

dimanche 24 janvier 2016

La reine... ma femme

Exécution de Louis XVI, d'après une gravure anglaise de 1798.
Rapport de l'exécution de Louis Capet, fait à la commune e Paris, le même jour 21 janvier 1793, an 2 de la République. (Extrait des registres de la commune.)
«Jacques Roux, prêtre, l'un des commissaires nommés par la commune pour assister à l'exécution de Louis, prend la parole : [...] 
[Le roi] a [...] demandé que Cléry, son valet de chambre, fût celui de la reine; avec précipitation il a dit sa femme. [...] » 
Santerre. « On vient de vous rendre un compte exact de ce qui s'est passé. [...] »

Cite par Procès de Louis XVI, de Marie-Antoniette, de Marie-Élisabeth et de Philippe d'Orléans

Il n'a y pas beaucoup d'extraits de grands livres qui me touchent jusqu'à cœur comme ces paroles de Louis XVI trouvés dans ce rapport court de Roux : « la reine ... sa femme ». On voit tout le monde de ce maladroit homme détruisant dans une seule phrase...

Témoignage et la vérité

Décapitation de Louis XVI le 21 janvier 1793. © Collection Musée de l’Histoire vivante – Montreuil
Quand on témoigne, on promet dire la vérité... Voici un exemple du témoignage du bourreau de Louis XVI :
« Descendant de la voiture pour l’exécution, on lui dit qu’il fallait ôter son habit. [...] Il fit encore la même difficulté lorsqu’il s’agit de lui lier les mains qu’il donna ensuite lui-même lorsque la personne qui l’accompagnait lui eut dit que c’était un dernier sacrifice.
[...]
« Alors il s’informa si les tambours battraient toujours : il lui fut répondu qu’on n’en savait rien, et c’était la vérité. Il monta sur l’échafaud et voulut s’avancer sur le devant comme pour parler ; mais on lui représenta que la chose était impossible. II se laissa alors conduire à l’endroit où on l’attacha ; et d’où il s’est écrié très haut : Peuple, je meurs innocent ! Se tournant vers nous, il nous dit : Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m’inculpe ; je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français.
« Voilà ses véritables et dernières paroles. [...]
« Pour rendre hommage à la vérité, il a soutenu tout cela avec un sang-froid et une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion, dont personne ne paraissait plus pénétré et plus persuadé que lui.
« Vous pouvez vous servir de ma lettre, comme contenant les choses les plus vraies et la plus exacte vérité. »
Signé Samson, Exécuteur des jugements criminels.
Ce 23 février 1793.